15 juillet 2012
Conseils à un jeune traducteur inexpérimenté (5) - Se former continûment
Cher Jeune impétrant nouveau venu récent débarqué Collègue Inexpérimenté,
« J'ai mon diplôme en poche, mais maintenant que je me lance dans la cour des grands, je m'aperçois que côté pratique, il me reste beaucoup à apprendre », t'entends-je d'ici ruminer, avec la lucidité et le sens de la litote qui te caractérisent. Effectivement...
- lorsqu'on te dit « Excel », tu comprends « XL » ;
- quand un donneur d'ouvrage te tend un papelard intitulé « contrat » ou
« accord de confidentialité », tu le signes aveuglément, pour parfois lire ensuite la mention « arrêt de mort » dans les petites lignes ;
- pour toi, un atelier d'écriture consiste à tracer des bâtons ;
- tu tournes de l'œil quand on te parle « régimes fiscaux », mais tu passes des heures, sur ton forum de traducteurs préféré, à poser à ce sujet des questions auxquelles tes collègues ne savent pas plus répondre que toi, quand ils n'aggravent pas ta méconnaissance ;
- établir une note d'honoraires ou de droits d'auteur te prend deux fois plus de temps que faire la trad. concernée et encore, tu aboutis à un TTC inférieur au HT ou à un net supérieur au brut ;
- bien que n'entravant que pouic à tes contrats et à ta compta, tu acceptes des boulots juridiques et financiers, sans savoir qu'il existe des stages de traduction dans ces domaines ;
- le seul « raccourci clavier » que tu connaisses, c'est celui emprunté par ta tasse de café quand tu la renverses par inadvertance sur ton portable ;
- dans ta base terminologique perso, « TVA » est synonyme de « gremlin »,
à cette nuance près qu'un gremlin, c'est mignon.
Bref, tu es conscient qu'il te faut compléter ton modeste bac + 12 par de solides et régulières séances de formation continue.
Si tu es à Paris le 21 juillet, voici qui devrait te donner des pistes (et, rare privilège, te permettre en passant d'admirer la Seine dès potron-traducteur, un samedi d'été où la capitale est déserte). De gentils collègues bénévoles te diront tout ce qu'ils savent sur les formations destinées aux traducteurs et sur leurs conditions d'accès. Autrement dit, de quoi compléter ton bagage académique par des connaissances peut-être plus terre-à-terre pour certaines, mais ô combien nécessaires. Cela vaut aussi si tu es non pas traducteur, mais interprète.
Tout est dit dans le communiqué de la délégation Ile-de-France de la SFT (Société française des traducteurs), qui organise la réunion :
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Se former pour apprendre, pour avancer, pour accéder à de nouveaux marchés. Se former pour mieux se connaître, pour gagner en confiance, pour s’épanouir.
Rares sont les statuts ou régimes d’exercice qui nous dispensent de cotiser pour notre formation professionnelle. Salariés ou libéraux, en portage ou en société, voire aujourd’hui à l’AGESSA, nous sommes désormais très nombreux à pouvoir prétendre à une prise en charge de nos stages de perfectionnement. Tous les ans.
Pourtant, statistiques 2009 de la SFT à l’appui, la majorité des traducteurs ne suit pas de formation continue. Alors qu’on observe une nette corrélation formation/tarif.
Après un point sur le financement du FIF-PL (pour les libéraux) et des OPCA (pour les salariés), nous évoquerons la prise en charge récente des frais de formation des auteurs. Puis des confrères et consœurs expliqueront le rôle de la formation continue dans leur carrière professionnelle. Dans leur développement personnel.
Votre témoignage et vos questions seront bienvenus. Une hésitation ? Les organisateurs se tiennent à votre disposition pour vous accompagner et vous exposer davantage leurs attentes.
Quand ?
Samedi 21 juillet à 10 h 01, et nous vous accueillerons dès 9 h 30.
Où ?
Au Café du Pont-Neuf
14, quai du Louvre - 75001 Paris
M° Pont-Neuf/RER Châtelet
Votre petit-déjeuner comprendra une boisson chaude, un verre de jus d'orange et une viennoiserie.
Un reçu de 9,00 € vous sera remis sur place.
Le blé sur le lotus
Inscrivez-vous auprès de la delegation.idf-matinales@sft.fr d'ici le vendredi 20 juillet 12 h. Nous pourrons mieux organiser la manifestation et vous remporterez peut-être notre livre du mois.
V'là mon travail, v'là mon dico
Une traduction à présenter ? Un outil papier préféré ? Apportez-les ! Une table leur sera réservée.
Adhérents ou pas à la SFT, traducteurs et interprètes en exercice ou étudiants, venez !
Au plaisir de vous retrouver ou rencontrer,
Votre équipe des Matinales-IDF
Les prochaines manifestations en Île-de-France :
http://sft.fr/delegation-iledefrance.html
"
Oui, tu as bien lu, ça commence à 10h01.
Mais mieux vaut être là dès 9h31, pour avoir une bonne place
et petit-déjeuner tranquille, tout en bavardant avec les collègues. À samedi !
13 juillet 2012
Toujours pas concise, la Mochlangue
En ce jour de Fête nationale, je pétarde de nouveau la Mochlangue, enfin, je déterre un vieux billet qui lui était consacré. Depuis la première publication de cet article, intitulé Concise, la Mochlangue ?, le 23 mars dernier, la liste s’est étoffée ! Ce sera mon cocorico de sous les lampions.
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Souvent, comme prétexte pour parler charabia, d'aucuns avancent que c'est plus court que le français. Sans aller chercher bien loin, on trouve des preuves du contraire. Que ce soit à l'oral ou à l'écrit, les substituts suivants ne sont pas plus concis que les termes corrects.
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Substitut |
Mot/ |
Mes commentaires |
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Absolument. |
Oui. |
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Acronyme |
Sigle |
Un acronyme, en français, c’est un sigle qui se prononce comme un mot. Ex. de sigle : RATP. Ex. d'acronyme : Unesco. Pourquoi confondre les deux ? |
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Black |
Noir |
Black c'est noir !! |
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Buzz |
Bruit |
Ou pas mal d’autres possibilités, quoique moins concises. |
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Définitivement |
Décidément |
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En charge de |
Chargé de |
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Évasion fiscale |
Fraude fiscale |
Ben oui, on peut truander sans faire changer son pognon de territoire. |
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Fondamentaux (les) |
Bases, rudiments |
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Formaliser |
Donner forme à |
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Hot |
Chaud |
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Initier |
Lancer |
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Intervenir |
Survenir, |
Pourquoi utiliser « intervenir » dans le sens de « survenir » ? Entendu pas plus tôt qu’aujourd’hui : « La mort est intervenue… » On se croirait chez Pratchett. À force d’être moche, ça en devient surréaliste. |
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Légende urbaine |
Légende (tout court), rumeur, |
Quelqu’un pourrait-il m’expliquer ce qu’elle a d’urbain, surtout à l'heure où Internet nous a transformés en village mondial ? |
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Participer de |
Participer à |
Les deux ont un sens différent. Pourquoi employer l’un à la place de l’autre ? Ça participe peut-être d’un certain snobisme pseudo-intello. |
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Psychorigidité |
Cohérence |
Je reconnais que cette case ne relève pas exactement du combat anti-Mochlangue… |
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Sérieusement |
Gravement |
D’accord, c’est dans le dico. N’empêche. |
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Solutionner |
Résoudre |
D’accord, c’est aussi dans le dico. N’empêche. |
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Sur |
À |
Je ne suis pas sur Paris, je suis à Paris. Je sais, j’ai de la surface, mais quand même. |
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Switcher |
Changer |
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Technologie |
Technique |
La plupart du temps, les 3 syllabes de « technique » suffiraient amplement. |
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My ass |
Zazie, sors de ce blog et retourne dans ton métro, s’il te plaît. On sait que tu as une solution percutante à proposer. |
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On observera que la plupart de ces mots ou expressions sont calqués ou directement copiés de l’anglais. Je les glane principalement à la radio ou à la télévision de service public. Ou, qui pis est, sous la plume de traducteurs. J’ajouterai sûrement d’autres exemples au fil du temps. Toi aussi, Lecteur, tu peux jouer à allonger la liste.
Je précise et j'avoue que je pratique la Mochlangue assez couramment !
23:45 Publié dans Coups de griffe, La chronique de Vocale Hubert, Mots de travers | Commentaires (0) | Lien permanent
10 juillet 2012
Conseils à un jeune traducteur inexpérimenté (4) - Ne pas tomber dans le piège d'arnaques évidentes
Cher Jeune débutant bleu bizut arpète Collègue Inexpérimenté,
Peux-être as-tu déjà reçu un mèl tombé de nulle part, te proposant une traduction sur un sujet ma foi alléchant, et te demandant un devis de toute urgence ? Le mèl, rédigé la plupart du temps en anglais, parfois un peu fantaisiste, ne s’encombre pas de formules de politesse et autres fioritures. Par exemple, il commence par : « Hello Translator! » De façon systématique, il est signé d’un prénom et d’un nom d’une remarquable banalité. Exemple : John Smith. Et invariablement, ton nouvel ami John te promet un acompte dodu (par exemple, 60 %), avec solde à la livraison.
« Et alors ? », me diras-tu de ta voix juvénile de tout frais diplômé.
Eh bien, cher ami faisant ses premiers pas dans une contrée où la proportion de bisounours par rapport à celle des requins, chacals et vautours n’est pas plus élevée qu’ailleurs, c’est très probablement une arnaque.
Regarde bien (après tout, lire, c'est ton boulot). Voici quelques indices qui devraient te mettre la puce à l'oreille :
- l’adresse électronique de l'expéditeur, du style banddescrocs123@bidon.com
- l’absence de toute adresse postale (ou bien : Trafalgar Square, par exemple), numéro de téléphone et raison sociale identifiable
- le fait que le client supposé t’envoie d’emblée et en pièce jointe le document à traduire. Qui s’avère reproduit en de multiples exemplaires sur le Web, car il s’agit d’un quelconque article de presse ou d’encyclopédie en ligne, sur un sujet plus-bateau-tu-meurs.
- l’urgence extrême de la demande ou, à l’inverse, le délai d’une largesse jamais vue de mémoire de traducteur, même d’un âge canonique.
- le fait que l’expéditeur ignore manifestement ta combinaison de langues.
« Mais où est l’arnaque ? », insisteras-tu, car malgré tout le respect que mon aînesse chevronnée t’inspire, tu ne prends pas tout ce que je raconte pour parole d’Évangile, et tu as bien raison. « Après tout, ce type a bien le droit de s’appeler John Smith. Et s’il veut que je lui traduise un article sur un sujet bateau, pourquoi pas ? »
Oui, mais… Le gars va accepter ton devis (tu m’étonnes) et t’envoyer un chèque. D’un montant largement supérieur à l’acompte prévu. Sous un prétexte quelconque, il te fera alors gober qu’il y a eu erreur dans le libellé du chèque, en te demandant de lui expédier la différence par virement. Tu ne t’apercevras que son chèque était en bois qu’une fois que ton virement aura été encaissé, loin quelque part sur la planète, dans un endroit où tu n’as guère de possibilités d’action.
Tout traducteur installé depuis un moment, doté d’un brin de jugeote ou, à défaut, fréquentant les forums professionnels, est informé de ce type d’arnaques sur Internet, qui existent d'ailleurs dans d'autres domaines que le sien. Et il reçoit des messages de ce genre trois fois par semaine. Il les repère donc sans difficulté et les classe avec un soupir dans sa boîte à spams (ou les garde pour sa collec, car certains sont des morceaux d'anthologie). S’il y donnait suite, compte tenu des sources d'information dont il dispose, il ne serait pas loin du délit de connerie.
Mais un jeune collègue inexpérimenté a toutes les excuses pour se faire piéger et y laisser beaucoup de plumes.
Variantes : John Smith s’appelle pour l’occasion Peter Taylor. Il prévoit de venir à Paris avec Bobonne et celle-ci a besoin de toi pour l’accompagner dans les magasins (oui, Bobonne, complètement à la masse, est infoutue de se débrouiller seule dans une boutique de luxe, alors qu'elle est anglophone). Ou bien, il s’est rebaptisé Will Brown (ou Shakespeare, ça dépend, car il emprunte parfois des noms de célébrités) et a justement pensé à toi et à tes aptitudes d’interprète pour la semaine de photos de mode qu’il organise le mois prochain à Vienne – ou ailleurs, car le lieu change d’un message à l’autre.
Autre variante : John, connaissant ta fibre humanitaire, te sollicite pour la traduction d’un document justement consacré aux droits de l’homme. N’écoutant que ton bon cœur, tu bondis… Nan nan nan. Tu as lu ce billet et tu vas désormais envoyer balader tous les malheureux John Smith qui t’écriront pour t'offrir des commandes juteuses, y compris si leur proposition, fondée et honnête, était la trad. du siècle. Non, ne me remercie pas.
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Tant que j’y suis… Maintenant que tu es grand et que tes parents ont ôté les stabilisateurs de ton vélo, tu t’aventures sur les pistes cyclables, n'est-ce pas ? Bravo. Cependant, prends bien garde de ne pas les emprunter à contresens. 1. Tu es traducteur, le contresens doit t’être étranger. 2. Ça embête les cyclistes qui roulent dans le bon sens.
3. Regarde bien : il y a de l’autre côté de la rue une piste qui va justement dans la même direction que toi.
00:20 Publié dans Conseils à un jeune traducteur inexpérimenté | Commentaires (5) | Lien permanent


